Trois questions à Inès Ortega et Pierre Versaevel

Trois questions à Inès Ortega et Pierre Versaevel, respectivement diplômés des écoles Boulle et Duperré, élèves du Master expérimental Design.

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/ Dans quelle direction s’est orienté votre travail à la suite de votre découverte du Mobilier national ?

Inès Ortega : Les premiers jours, nous avons été en immersion totale, visitant tour à tour les ateliers et les manufactures, découvrant tous les corps de métiers. Les mots utilisés au Mobilier national nous ont tout de suite frappés. Ils nous ont surpris alors même que les métiers d’art nous sont familiers.

Pierre Versaevel : Nous avons découvert un lieu assez secret qui a des règles et un vocabulaire qui lui sont propres. Notre projet s’est orienté autour de ces mots, c’est ainsi qu’est né le lexique dyslexique.

 

/ Comment avez-vous conçu ce lexique ?

Inès : Nous avons fait une liste de mots qui nous paraissaient étranges puis établi un protocole : chaque mot se voyait associer trois définitions. La première définition correspond à la première image mentale que l’on s’en fait, c’est très spontané.

Pierre : La deuxième est une tentative de réflexion vis-à-vis du lieu, qui joue sur la spécificité du Mobilier national, et la troisième, la véritable définition. En réalité, nous avons essayé d’imaginer tout ce qui pouvait passer par la tête d’une personne complètement étrangère au Mobilier national. Nous nous sommes inspirés du travail d’Ole Ukena qui lui-même fait référence à Joseph kosuth. Le mot « share » par exemple renvoie à la fois à la chanteuse Cher, à la chaise – « chair » – en anglais, mais aussi à « to share », partager. Le décalage entre le mot énoncé et son sens véritable est vraiment le point de départ de notre lexique.

Inès : Nous avons imaginé de quelle façon le lexique dyslexique pourrait être valorisé s’il était utilisé à des fins de communication et avons notamment décliné le principe sur des affiches. Nous nous sommes également posés la question de son évolution. Il s’agit en effet d’un objet physique pratiquement abouti. Pourquoi ne pas imaginer à présent une plateforme en ligne pour qu’il devienne collaboratif ?

Pierre : Le but est d’amener le visiteur par le biais de l’humour à se questionner sur ce lieu. Dans le même ordre d’idée, nous avons également imaginé que le lexique dyslexique pourrait faire office de sas : avant d’entrer au Mobilier national, le public traverserait une salle tapissée de définitions. Si le lexique présente nos propres références, le public peut très bien en avoir d’autres, c’est une autre illustration de ce caractère collaboratif.

 

/ Ce projet vous a ensuite conduit à travailler plus largement sur l’identité graphique du Mobilier national

Pierre : Nous sommes partis de l’existant pour avoir une vue d’ensemble, et de là, nous avons identifié les points à améliorer pour avoir une identité globale et cohérente. Il nous a notamment semblé intéressant de disposer de logos évolutifs sur le modèle de ce qu’a réalisé Peter Saville pour les 90 ans de Lacoste.

Inès : Nous souhaitions en particulier que le Mobilier national et chaque manufacture prise isolément aient des signatures propres. Les manufactures ont ainsi toutes une trame unique mais quand on en vient à parler du Mobilier national dans son ensemble, celles-ci se superposent. C’est un principe assez simple mais très efficace qui permet tout à la fois d’identifier un lieu et/ou une institution.

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