Manufacture de la Savonnerie

Manufacture de la Savonnerie

Spécialisée dans le tissage de tapis de velours, la Manufacture de la Savonnerie, rattachée depuis 1826 au site des Gobelins, tout en restant fidèle à son passé, prend résolument le parti de la création contemporaine.

Les débuts

Nathalie Junod Ponsard, Orientation spatiale paradoxal, Manufacture de la Savonnerie, 2015

Nathalie Junod Ponsard, Manufacture de la Savonnerie, 2015. Photo © Mobilier national, Thibaut Chapotot

L'histoire du tapis en France débute avec la fondation par Henri IV, de la manufacture de tapis " façon de Perse et Levant " établie dans les galeries du Louvre, bénéficiant notamment du savoir-faire de Pierre Dupont, puis de son apprenti Simon Lourdet.
Louis XIII développe la manufacture en installant les ateliers sur les bords de la Seine au pied de la colline de Chaillot, dans les bâtiments d'une ancienne fabrique de savon – d'où le nom de Savonnerie, qui depuis désigne les tapis réalisés selon la technique du point noué, dit "de Turquie".

Manufacture de la Savonnerie

Photo © Mobilier national


XVIIe siècle

1663 : Colbert réorganise la Savonnerie en la plaçant, comme les Gobelins, sous la direction artistique de Charles Le Brun. Dès lors, elle connaît une période extraordinaire d'activité pendant laquelle sa production, exclusivement réservée au roi, sert soit à des présents diplomatiques soit à l'ameublement des résidences royales.
Seconde moitié du XVIIe siècle : elle réalise deux ensembles représentatifs de l’art de la Savonnerie dans lesquels le goût de Le Brun triomphe :
1665 : 13 tapis destinés à la Galerie d'Apollon au Louvre.
1668 : l’ensemble de tapis pour la Grande Galerie du Louvre : 93 pièces mesurant chacune 9 mètres de long environ.


XVIIIe siècle

Par la suite, Louis XV passe de nombreuses commandes à la Manufacture :
1728 : tapis pour la Chambre du Roi à Versailles.
1730 : tapis pour la Chambre de la Reine  à Versailles.
1737 : tapis pour la Chapelle de la Trinité à Fontainebleau
C’est par ailleurs à cette époque que Michel Audran et Pierre-Josse Perrot contribuent par leurs réalisations à donner un souffle nouveau à la manufacture.


XIXe siècle

L’Empire et la Restauration, renouent d’une certaine façon avec la tradition de Louis XIV en réalisant d’admirables compositions signées Dugourc et Saint-Ange destinées à des lieux prestigieux (Grand Cabinet de l’Empereur, Salle du Trône du palais des Tuileries sous Louis XVIII).
Le 4 mars 1825, une ordonnance décrète le rattachement de la manufacture royale de la Savonnerie à celle des Gobelins.
Sous Louis-Philippe : de très grands tapis sont tissés, en particulier pour le chœur de Notre-Dame dont le dessin de style gothique avait été demandé à Saint-Ange dès 1825.
A partir de la IIIe République, les métiers, peu nombreux, sont employés exclusivement à la fabrication de panneaux décoratifs pour le Panthéon, l'Elysée, la Bibliothèque nationale.


XXe siècle

Le XXe siècle amorce un renouveau stylistique. Quelques tapis sont en effet mis sur métier d'après des modèles de Diéterle et Pierre-Adrien Chabal-Dussurgey mais aussi de Félix Bracquemond, Hannotin, Chéret. Des feuilles d'écran sont exécutées d'après Odilon Redon, Vincent Van Gogh, Paul Cézanne. De 1911 date le tissage des Nymphéas d'après Claude Monet.
Après une période difficile, la Savonnerie connaît un nouvel et important essor. Des modèles spécialement conçus pour elle, parfaitement adaptés à la technique ont été commandés à Victor Vasarely et Georges Mathieu. Elle retrouve son originalité première en exécutant des tapis de grandes dimensions et même un panneau de Yaacov Agam, destiné à un décor mural.
En 1964, un atelier de tissage tout d'abord installé à Saint-Maurice-l'Ardoise (Gard) est créé à Lodève pour favoriser l’insertion de femmes françaises d’origine nord africaine ayant quitté l’Algérie après l’Indépendance. En 1965, l'atelier est rattaché à l'Administration du Mobilier national.
Cet atelier, annexe de la Manufacture de la Savonnerie, est installé depuis 1989 dans les bâtiments neufs d’après les plans de l’architecture Philippe Dubois. Les nouveaux bâtiments répondent de par leur fonctionnalité aux besoins de la manufacture grâce à de vastes et lumineux ateliers.
Si la Manufacture de la Savonnerie tisse encore aujourd’hui quelques copies de tapis anciens qui sont substituées à des pièces anciennes, les deux ateliers de Paris et de Lodève, interprètent essentiellement des cartons de créateurs contemporains : peintres (Zao Wou ki, Soulages, Alechinsky, Buraglio…), architectes, designers (Garouste et Bonetti, Portzamparc, Paulin, Radi, Crasset, Dubuisson, Ruyant…)

Monogramme

Monogramme Savonnerie

Les monogrammes des manufactures nationales garantissent la provenance de l’œuvre tissée.

Aujourd’hui, la Manufacture de tapis de la Savonnerie appose, au bas des tissages, sa marque d'identification. Ce marquage indique la constance d’une technique et d'un savoir-faire séculaire au service de la création la plus contemporaine.

La technique

La Manufacture de la Savonnerie dispose de deux ateliers, l’un à Paris, et l’autre à Lodève.

Elle dispose de vingt et un métiers répartis sur deux ateliers, l’un à Paris, et l’autre à Lodève dans l’Hérault (créé en 1964).

Le tapis de Savonnerie est exécuté sur un métier vertical. Le tissage d’un tapis nécessite l’enchaînement d’un grand nombre d’opérations toutes indispensables et délicates. Le licier travaille sur l’endroit, à contre-jour, de manière à voir le carton et l’ouvrage face à la lumière. Le modèle à grandeur d’exécution est placé au-dessus de sa tête. L’analyse préliminaire du modèle lui a permis de trouver une écriture technique qu’il va reporter par sur un papier transparent par bandes de 20 à 40cm de haut. Cette prise de note, très personnelle, il va la retranscrire à l’encre sur tous les fils de chaîne. Ces traces vont lui servir de repères, d’indications pour le tissage (délimitations de zones importantes, traits du dessin, zones de couleurs, de valeurs, de passages…). La succession des points noués de laine, reliés entre eux par une boucle, construit peu à peu, à chaque nouvelle rangée, l’image tissée du tapis, à raison de 8 à 20 points au centimètre carré. Le licier passe et noue la laine au moyen d’une broche. Une armature de lin tissée horizontalement en entre chaque rang de nœuds vient les bloquer tout en rendant le tapis plus solide encore. Cette technique particulière permet de réaliser un velours extrêmement serré.

Ensuite vient la tonte. Ce n’est qu’une fois les boucles coupées que le velours apparaît. A l’aide de ciseaux à branches recourbées, le savonnier opère un démêlage des brins de laine puis une première tonte pour étêter les boucles avant de procéder à la tonte finale en s’appuyant sur une planchette de bois, sorte de gabarit permettant d’obtenir la régularité de l’épaisseur du velours.

La dernière étape est le travail de finition, intervention longue et délicate à refaire plusieurs fois à l’aide de la pointe des ciseaux. Cette pratique va remettre tous les brins laine de couleurs à leur place, redonner la précision nécessaire aux lignes, motifs, passages tout en feutrant légèrement le velours afin que le dessin ne bouge plus par la suite. Les tapis portent tous le monogramme de la Manufacture un « S » ou un « L »  avec en travers le dessin de la broche qui sert à tisser.

Les tissages en cours

Atelier de Paris

Claude Rutault, A mon seul désir
Commission 2016, mise en route mai 2017

Miguel Chevalier, Nuages de pixels
Commission 2016, mise en route juin 2017

Jaana Reinikainen, Trésor
Commission 2012, mise en route juin 2014

Tapis pour l’estrade du trône de Louis XV d’après une gouache de 1724 de Perrot
Commande du Château de Versailles, mise en route septembre 2016

Atelier de Lodève (Hérault)

Shirley Jaffe, sans titre
Commission 2011, mise en route mars 2014

Paola Yacoub, Bey
Commission 2012, mise en route février 2015

Nathalie Junod-Ponsard, Mirage
Commission 201, mise en route octobre 2016

Mise à jour de la liste : septembre 2017