Historique de la manufacture des Gobelins

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La grande cour des Gobelins au XVIIème siècle. Gravure.
Vue de 1830 de l'arrière de la Manufacture des Gobelins. Source BNF/Gallica.

Photo : Vincent Leroux

La grande cour des Gobelins au XVIIème siècle. Gravure.

Vue de 1830 de l'arrière de la Manufacture des Gobelins. Source BNF/Gallica.

XVe-XVIe siècle
L’histoire des Gobelins débute au XVe siècle. Jehan Gobelin, originaire de Reims, crée un atelier de teinture quelque part dans le faubourg Saint-Marceau (aujourd’hui faubourg Saint-Marcel). Quelques décennies plus tard, ses descendants acquièrent de vastes terrains sur les bords de la Bièvre, dont les eaux sont réputées pour leurs qualités tinctoriales. Ils y bâtissent de vastes ateliers.
Experts dans l’art de la teinture des laines en écarlate de Venise, puis de cochenille, les Gobelin s’enrichissent, achètent des titres et des charges, renoncent à leur artisanat, non sans attacher leur nom à la propriété qu’ils avaient bâtie.

 

XVIIe siècle

Dans les toutes premières années du XVIIe siècle, le roi Henri IV met en place sur les conseils de Sully, un ambitieux programme de développement des manufactures dans le royaume de France. Il s’agit alors de limiter autant que possible l’achat à l’étranger des produits manufacturés, au premier titre desquels les tapisseries et tapis, dont le souverain et la cour ont grand besoin.
Aussi, le « bon roi » fait-il installer au faubourg Saint-Marceau, dans des bâtiments loués aux descendants des teinturiers Gobelin, des ateliers de tapisserie dirigés par deux Flamands, Marc de Comans et François de la Planche.
En 1662, Colbert rachète la propriété pour la Couronne, et regroupe les différents ateliers. Charles Le Brun, premier peintre de Louis XIV, en est le premier directeur. Il installe dans l'enclos des Gobelins non seulement des peintres et des tapissiers mais encore des orfèvres, des fondeurs, des graveurs et des ébénistes.
Parmi les plus célèbres tentures, on peut citer Les Eléments, Les Saisons, L'Histoire d'Alexandre, L'Histoire du Roi, d'après Le Brun; qui fait aussi tisser d'après Giulio Romano : L'Histoire de Constantin, d’après Raphaël Les Actes des Apôtres et Poussin avec L'Histoire de Moïse.
Sous la direction de Le Brun, la production de la manufacture, destinée à l'ameublement des Maisons royales et aux présents diplomatiques, acquiert par sa magnificence une réputation internationale. Ces trente années constituent l’âge d’or de la Manufacture qui réalise alors sept cent soixante-quinze pièces, dont cinq cent quarante-cinq rehaussées de fil d’or.
La fin de la période, est cependant marquée par les conséquences de la situation politique. Les guerres épuisent le trésor du royaume. L’argent manque. En 1694, tous les ouvriers sont congédiés, la Manufacture ferme ses portes pendant cinq ans.

 

XVIIIe siècle

A la suite de Le Brun, se succèdent différents directeurs, architectes de formation : Robert de Cotte, Jules-Robert de Cotte, Jean-Charles Gasnier d'Isle et Jacques-Germain Soufflot.
Entre 1717 et 1794, L'Histoire de Don Quichotte d'après Charles-Antoine Coypel fut tissée à maintes reprises. Les Alentours correspondaient à une invention des Gobelins à la mode: un encadrement très riche de fleurs et d'ornements, au centre duquel est placé un sujet historié.
La manufacture continuait également à tisser dans la tradition de grandes tentures d'inspiration religieuse, historique ou mythologique, telle que L'Histoire d'Esther et L'Histoire de Jason d'après Jean-Francois de Troy.
François Boucher, peintre favori de Madame de Pompadour, fit tisser Lever et Coucher du Soleil ainsi que la très célèbre Tenture des Dieux, en 1763. Les tapisseries-portraits rencontraient également un certain succès, dont par exemple le portrait de Louis XV d'après le  tableau de Louis-Michel Van Loo, tissé en 1763.

Jean-Baptiste Pierre, premier peintre du roi succéda à Soufflot au poste de directeur, sans pour autant fournir de cartons, la manufacture se consacre à des sujets historiques comme l'Histoire d'Henry IV d'après Vincent.

 

XIXe siècle

Après la Révolution, les tapisseries doivent glorifier le règne napoléonien : Peste de Jaffa d'après Jean-Antoine Gros et Bonaparte franchissant le Saint-Bernard d'après Jacques-Louis David. La tradition des visites officielles reprend, et l'Empereur offre au Pape pour sa visite en 1805 une tenture du Nouveau Testament.
Jusqu’au Second Empire le goût pour les portraits ne diminue pas : vingt-huit furent notamment réalisés pour la Galerie d’Apollon du Louvre. Des peintres contemporains apportent par ailleurs leur contribution. Entre 1818 et 1827, les ateliers se consacrent ainsi à la réalisation de la tenture de La Bataille de Tolosa, d’après Horace Vernet.
De 1860 à 1871, les Gobelins et Beauvais sont réunis sous la direction de Pierre-Adolphe Badin, qui lance un important programme de décoration textile pour les palais impériaux ; citons les Cinq sens d'après Diéterle, Baudry, et Chabal-Dussurgey.
Sous la IIIe République, les cartons sont établis en vue d'une destination précise :

Mazerolle donne des modèles pour l'Opéra Garnier, Galland pour le salon des muses à l'Elysée, Ehrmann pour la bibliothèque nationale…

 

On tisse aussi d'après Gustave Moreau, Rochegrosse, Boutet de Montvel, Lévy-Durhmer, ainsi que Odilon Redon, Bracquemond, Capiello sous la direction de Gustave Geffroy, fervent défenseur de l'impressionnisme.

 

XXe siècle

Rattachée à l’administration du Mobilier national depuis 1937, la Manufacture nationale des Gobelins tisse comme il y quatre siècles, des tapisseries d’après des œuvres contemporaines (Marcel Gromaire, Pierre Dubreuil, Jean Arp, Fernand Léger, Alexandre Calder, Sonia Delaunay, Jean Dewasne, Serge Poliakoff, Jean-Paul Riopelle, Eduardo Arroyo, Gérard Garouste, Louise Bourgeois, Patrick Corillon, Hervé Télémaque, Ung no Lee, Gudmundur Erro, Jean-Michel Alberola…) témoignant ainsi des multiples possibilités d’un mode d’expression ouvert à toutes les tendances esthétiques et contemporaines.
L’acte de création est aujourd’hui un dialogue fécond qui se noue avec les artistes. Il est un acte de transposition en termes textiles d’une écriture au départ picturale ou photographique. Le tissage n’est pas une simple copie, même si le carton est adapté d’un modèle préexistant. Le carton, aujourd’hui agrandissement photographique réalisé par les lissiers et éventuellement retouché par l’artiste, constitue une étape vers une nouvelle création qui devra son originalité à la nouvelle matière, au travail des teinturiers et au talent du lissier. De ce dialogue naissent souvent des modifications du projet qui font de l’œuvre tissée une co-création.

 

 

La Manufacture aujourd'hui

A ce jour, les ateliers de la Manufacture nationale des Gobelins emploient 30 agents et disposent de 15 métiers à tisser. Chaque année, ce sont six à sept pièces qui « tombent de métier » (cf page Actualité de la création, tissages en cours).

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