Vue de la Savonnerie au XVIIème siècle, gravure d'Israël Sil
La Manufacture de la Savonnerie dispose de deux ateliers, l’un à Paris, et l’autre à Lodève.
Les débuts.
L'histoire du tapis en France débute avec la fondation par Henri IV, de la manufacture de tapis " façon de Perse et Levant " établie dans les galeries du Louvre, bénéficiant notamment du savoir-faire de Pierre Dupont, puis de son apprenti Simon Lourdet.
Louis XIII développe la manufacture en installant les ateliers sur les bords de la Seine au pied de la colline de Chaillot, dans les bâtiments d'une ancienne fabrique de savon - d'où le nom de Savonnerie, qui depuis désigne les tapis réalisés selon la technique du point noué, dit "de Turquie".
XVIIe siècle
1663 : Colbert réorganise la Savonnerie en la plaçant, comme les Gobelins, sous la direction artistique de Charles Le Brun. Dès lors, elle connaît une période extraordinaire d'activité pendant laquelle sa production, exclusivement réservée au roi, sert soit à des présents diplomatiques soit à l'ameublement des résidences royales.
Seconde moitié du XVIIe siècle : elle réalise deux ensembles représentatifs de l’art de la Savonnerie dans lesquels le goût de Le Brun triomphe :
1665 : 13 tapis destinés à la Galerie d'Apollon au Louvre.
1668 : l’ensemble de tapis pour la Grande Galerie du Louvre : 93 pièces mesurant chacune 9 mètres de long environ.
XVIIIe siècle
Par la suite, Louis XV passe de nombreuses commandes à la Manufacture :
1728 : tapis pour la Chambre du Roi à Versailles.
1730 : tapis pour la Chambre de la Reine à Versailles.
1737 : tapis pour la Chapelle de la Trinité à Fontainebleau
C’est par ailleurs à cette époque que Michel Audran et Pierre-Josse Perrot contribuent par leurs réalisations à donner un souffle nouveau à la manufacture.
XIXe siècle
L’Empire et la Restauration, renouent d’une certaine façon avec la tradition de Louis XIV en réalisant d’admirables compositions signées Dugourc et Saint-Ange destinées à des lieux prestigieux (Grand Cabinet de l’Empereur, Salle du Trône du palais des Tuileries sous Louis XVIII).
Le 4 mars 1825, une ordonnance décrète le rattachement de la manufacture royale de la Savonnerie à celle des Gobelins.
Sous Louis-Philippe : de très grands tapis sont tissés, en particulier pour le chœur de Notre-Dame dont le dessin de style gothique avait été demandé à Saint-Ange dès 1825.
A partir de la IIIe République, les métiers, peu nombreux, sont employés exclusivement à la fabrication de panneaux décoratifs pour le Panthéon, l'Elysée, la Bibliothèque nationale.
XXe siècle
Le XXe siècle amorce un renouveau stylistique. Quelques tapis sont en effet mis sur métier d'après des modèles de Diéterle et Pierre-Adrien Chabal-Dussurgey mais aussi de Félix Bracquemond, Hannotin, Chéret. Des feuilles d'écran sont exécutées d'après Odilon Redon, Vincent Van Gogh, Paul Cézanne. De 1911 date le tissage des Nymphéas d'après Claude Monet.
Après une période difficile, la Savonnerie connaît un nouvel et important essor. Des modèles spécialement conçus pour elle, parfaitement adaptés à la technique ont été commandés à Victor Vasarely et Georges Mathieu. Elle retrouve son originalité première en exécutant des tapis de grandes dimensions et même un panneau de Yaacov Agam, destiné à un décor mural.
En 1964, un atelier de tissage tout d'abord installé à Saint-Maurice-l'Ardoise (Gard) est créé à Lodève pour favoriser l’insertion de femmes françaises d’origine nord africaine ayant quitté l’Algérie après l’Indépendance. En 1965, l'atelier est rattaché à l'Administration du Mobilier national.
Cet atelier, annexe de la Manufacture de la Savonnerie, est installé depuis 1989 dans les bâtiments neufs d’après les plans de l’architecture Philippe Dubois. Les nouveaux bâtiments répondent de par leur fonctionnalité aux besoins de la manufacture grâce à de vastes et lumineux ateliers.
Si la Manufacture de la Savonnerie tisse encore aujourd’hui quelques copies de tapis anciens qui sont substituées à des pièces anciennes, les deux ateliers de Paris et de Lodève, interprètent essentiellement des cartons de créateurs contemporains : peintres (Zao Wou ki, Soulages, Alechinsky, Buraglio…), architectes, designers (Garouste et Bonetti, Portzamparc, Paulin, Radi, Crasset, Dubuisson, Ruyant…)