Vue extérieure des galeries nationales de la tapisserie à Beauvais
La manufacture en ruine après des bombardements
Vue intérieure de la manufacture
Contrairement à la Manufacture des Gobelins dont la production était essentiellement destinée au roi, la Manufacture de Beauvais, fut à l'origine conçue comme une entreprise privée. La production des Gobelins était réservée au souverain.
Son installation à mi-chemin entre les Flandres, haut lieu de production de tapisseries, et Paris, correspondait en effet à la volonté politique de Colbert de couper la route à l'importation. En dépit des interdictions de Sully dès 1601, les achats à l’étranger s’étaient maintenus faute d’une offre suffisante à l’intérieur du royaume.
Cette entreprise, à l’origine destinée à survivre grâce aux seuls achats privés, doit très vite sa survie aux commandes royales venant compléter les carnets de commande. Dans les vingt premières années de son fonctionnement, la manufacture de Beauvais a fourni 254 tapisseries au Garde-Meuble royal.
XVIIe siècle
Dans un premier temps, les lissiers tissent des verdures ou paysages à petits personnages. Puis sous la direction de Philippe Béhagle, dès 1684, de grands sujets historiques et bibliques sont au contraire tissés, comme Les Actes des Apôtres d'après Raphaël, ou la suite des Grotesques à fond jaune d'après Jean-Baptiste Monnoyer. De nombreuses pièces sont par ailleurs destinées à l'exportation, comme celle tissée pour le roi de Suède, Les Conquêtes de Charles XI d'après Lemke, Jean-Baptiste Martin des Batailles et Jean Bérain.
XVIIIe siècle
En 1722, Noël-Antoine Mérou (alors directeur de la Manufacture) intègre Jacques Duplessis, peintre et dessinateur afin de fournir de nouveaux cartons aux lissiers.
Après le départ de Duplessis, la direction est assurée par le peintre Jean-Baptiste Oudry et son collaborateur François Boucher, direction comparable à celle exercée par Le Brun aux Gobelins, ce qui concourt largement à l’éclatante réussite de ce siècle : Fêtes italiennes, Histoire de Pysché, Tenture chinoise... Les nombreuses commandes destinées aux cabinets diplomatiques participent au prestige des ateliers de Beauvais dans le monde entier.
Par ailleurs, dès cette époque, sont réalisées d’importantes productions de tapisseries pour sièges assorties aux motifs des tentures, créant ainsi des ensembles décoratifs homogènes : Les Jeux russiens d'après Le Prince, Les Amusements de la campagne et les Quatre Ages d'après Casanova, Les Pastorales à draperies bleues d'après Huet.
XIXe siècle
En 1851, Viollet le Duc réalise des cartons à la gouache pour des ornements sacerdotaux, alors que Desportes, Oudry, Le Prince servent encore de modèles pour des écrans, des paravents… Quelques panneaux décoratifs sont réalisés : Les Oiseaux d'après Cesbron, Le Jardin du Luxembourg d'après Quost en 1902.
C’est en définitive l’activité de création de tapisseries de sièges qui l’emporte à cette époque, et chaque génération apporte sa touche originale dans l’ameublement et la décoration de palais (Saint-Ange sous la Restauration, Starke sous la Monarchie de Juillet).
XXe siècle
Jean Ajabert, nommé à la tête de la Manufacture en 1917, veut insuffler un esprit de modernité. Il contacte alors des peintres "non académiques", Laugé, Veber, Taquoy, Karbowsky, Gaudissart…à qui il commande des cartons. D'importants ensembles mobiliers sont alors crées.
En 1936 la manufacture est rattachée au Mobilier national et gérée par une Administration générale dont dépendront aussi à partir de 1937 les Manufactures des Gobelins et de la Savonnerie. Beauvais prend alors une part active au renouveau de la tapisserie qui caractérise le XXe siècle. De nombreux artistes contemporains fournissent des cartons, tel Matisse (Polynésie, Le Ciel et Polynésie, La Mer), ou encore, Hartung, Le Corbusier, Picasso…
Cette ouverture se poursuit aujourd’hui, avec la contribution d’artistes contemporains provenant de toutes les tendances esthétiques (Raymond Hains, Eduardo Chillida, Roberto Matta, Patrick Tosani, Vincent Bioulès, Jean Le Gac, Shirley Jaffe…).
La Manufacture de Beauvais renoue par ailleurs en 2005 avec la tradition de tissage de tapisserie de sièges, qui avait fait sa renommée par le passé mais qui fut abandonnée dans les années 60. (lien Communiqué Elégance et Modernité) ; Elle invite alors trois artistes, Jean-Michel Othoniel, Paul-Armand Gette et Martine Aballéa, à concevoir des cartons pour recouvrir des sièges de styles différents appartenant aux collections.
Chaque année, environ cinq à six tapisseries « tombent de métier ».

