Eugène Chevreul (1824-1883) dans le laboratoire de l'atelier de teinture.
Origine et évolutions de l’atelier
Héritier des ateliers de teinture établis depuis le XVe siècle au bord de la Bièvre (dont celui d’un certain Jehan Gobelin qui donna son nom à la Manufacture et dont le nom est devenu dans de nombreuses langues synonyme de tapisserie), l’atelier de teinture fut officiellement organisé par Colbert en 1665. Il est resté depuis lors au même emplacement, dans l’enclos des Gobelins.
Historique
XVIIe siècle : C’est à un maître teinturier hollandais, Josse Kerchove, que Le Brun confie la réorganisation de l’atelier de teinture des Gobelins. Son emplacement dans l’enclos historique, à droite de la chapelle, reste à ce jour inchangé.
Jusqu’au XIXe siècle, les matières tinctoriales étaient des colorants naturels. Les principaux étaient d’origine végétale : la gaude (jaune), la garance (rouge orangé), l’indigo (bleu) ou animale : la cochenille (rouge violacé).
Longtemps réalisée à l’aide de ces colorants naturels, la teinture des laines et des soies se fait aujourd’hui exclusivement au moyen de pigments synthétiques. L’atelier de teinture a en effet progressivement tiré partie de la chimie, évoluant peu à peu de la méthode pragmatique des « secrets de fabrique » vers une méthode expérimentale plus scientifique.
1838 : création du cercle chromatique par Eugène Chevreul, savant chimiste, professeur au Collège de France, qui fut directeur de l’atelier jusqu’à ses quatre-vingt-trois ans (1824-1883). Cette méthode supplante les nuanciers jusque là utilisés, grâce à la définition à partir des trois couleurs de base 72 tons et 14 400 coloris.
Aujourd’hui : le nuancier de Chevreul a pu être numérisé. Appelé N.I.M.E.S, ce nouveau système interne de classification des couleurs répertorie plus de 20 000 coloris sur laine, identifiés par un colorimètre géré par un logiciel scientifique mis au point par les manufactures. Ce nuancier est utilisé par les lissiers lors de la phase de choix des coloris qui précède le tissage.
Ces coloris, après avoir longtemps été réalisés à l’aide de colorants naturels d’origine végétale, sont à présent exclusivement préparés au moyen de pigments synthétiques. On teint toujours à l’écheveau mais les cuves en bois ont été remplacées par des cuves en inox.