Mario d'Souza, premier artiste en résidence au Mobilier national

Tôt ou tard, il était dit qu’un jour le plasticien croiserait la route du Mobilier national. Rencontre.

M. D'Zouza atelier Mobilier national

Photo © Mobilier national, Thibaut Chapotot

Quelques mètres seulement séparent l’appartement mis à sa disposition dans le bâtiment d’Auguste Perret des ateliers. Accueilli au Mobilier national pendant un an, Mario d’Souza est en immersion totale, tour à tour découvreur des créations issues des ateliers, et producteur, aux côtés des artisans et techniciens d’art, d’un geste qui prolonge sa pratique artistique.

« J’habitais à deux pas du Mobilier national. J’y ai notamment vu deux expositions, Décor et installations et l’Esprit et la Main. J’ai été tellement impressionné qu’ensuite, je n’avais plus qu’une idée : m’y installer le temps d’une résidence ». C’est une belle histoire que raconte Mario d’Souza, celle d’un jeune plasticien d’origine indienne qui après avoir étudié à l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris décide de rester en France, se passionne pour les objets et les décors de son pays d’adoption, découvre le Mobilier national, et devient, quelques années plus tard, le premier artiste à y être accueilli en résidence. « J’ai eu la chance d’être appuyé dans ma démarche par Françoise Ducros, commissaire de l’exposition Décor et installations, et de bénéficier de la politique d’ouverture mise en œuvre aujourd’hui par la direction du Mobilier national. En étant ici, c’est comme si je prenais un bagage de plusieurs décennies de savoir-faire ».

Devant la porte de l’atelier que le Mobilier national met à sa disposition depuis le mois d’octobre, un cadre de chaise, des morceaux de mousse savamment disposés au sol, ont valeur d’indice. Qui connaît l’œuvre de Mario d’Souza sait en effet que l’artiste n’aime rien tant que réutiliser des objets et des matériaux le plus souvent trouvés dans la rue. Parmi ceux-ci, la chaise occupe une place centrale. « Lorsque je suis arrivé en France, j’avais la barrière de la langue. La seule façon de m’exprimer était de cuisiner et de me réapproprier des objets jetés. J’ai récupéré des morceaux d’histoire de tout le monde dans la rue pour construire ma propre histoire. La chaise qui accueille et reçoit le corps est pour moi associée à la vie. Il en est de même pour les assiettes que je trouve. À Menetou-Salon, dans le Cher, où je suis installé, j’ai d’ailleurs poussé la logique jusqu’au bout : les convives d’un restaurant dans lequel je suis intervenu ont eu la surprise de dîner dans leur propre vaisselle. Même si elle est modeste, j’aime que les gens se rappellent l’histoire des objets ».

Autre indice, un mot sur la porte portant l’inscription « Ceci est mon corps » que l’on élucide à mesure que Mario d’Souza nous entraine à sa suite dans les pièces de l’atelier. Il faut d’abord le prendre au sens littéral : des chutes de laine récupérées dans les ateliers représentant « la nourriture des artisans du Mobilier national » sont en effet disposées dans des assiettes accrochées au mur, et des morceaux d’organes miniatures, dont l’intestin symbolisant la transformation, sont visibles un peu plus loin. Ces sculptures créées par l’artiste à son arrivée en France et montrées pour la première fois ici font aussi écho à une activité créatrice précoce : « À l’école, je dessinais les organes à la craie sur le grand tableau noir pour que les enfants puissent les recopier. J’étais déjà un peu l’artiste de l’école ».

Un « atelier-corps » à prendre aussi comme le lieu de l’intime où se combinent les deux cultures de l’artiste, indienne, à travers les motifs et les couleurs de certains dessins, française, par les hommages à Michel-Eugène Chevreul et Charles Le Brun, qui l’ont aidé « à entrer conceptuellement à l’intérieur du Mobilier national", dont d’autres témoignent. Des dessins qui tous portent une coulure, telle une signature, en souvenir d’un père mort suicidé. Au milieu d’une pièce trône une statue de Cybèle trouvée dans une brocante. Surprise : le personnage que l’on voit porte non seulement des livres mais aussi des morceaux de tissus du Mobilier national ajoutés par l’artiste. « Cybèle fait le lien entre la terre et le ciel. Pour relier les deux, il faut le travail de la main et un guide conceptuel, c’est la définition même du Mobilier national ».

Transition évidente vers un « atelier-corps » qui est enfin le lieu d’exposition d’une production artistique bénéficiant dans tous ses aspects du concours du Mobilier national. « Tout ou presque de ce qui se trouve ici a été récupéré ou produit dans les ateliers du Mobilier national. Rencontrer les artisans et les techniciens d’art, cela signifie m’imprégner au maximum de leur culture de travail pour ensuite créer moi-même un objet et l’exposer ici. A ma demande, tous m’ont également donné des cartons remplis d’objets non utilisés. Je m’en sers pour faire des associations et des présentations d’objets où se combinent organe et structure. De mon côté, je souhaite donner à chacun un dessin au moment de mon départ ». Parmi ces objets, des reproductions en bois de céramiques de Sèvres hissées au sommet d’une colonne et une grande table toute simple dont le tiroir central contient des échantillons de laine retiennent tout particulièrement l’attention. « Cette table était au Palais de l’Elysée. Elle était utilisée par le personnel au service du Président de la République. Ce qui me plaît, c’est la barre en bas où l’on voit encore les marques des chaussures, tout ce qui est dit à travers elle de l’histoire de ces gens. Des chaises provenant du Château de Versailles, que je suis occupé à garnir, seront installées tout autour ». De fait, l’atelier a tout l’air d’un showcase, comme si Mario d’Souza y expérimentait des idées de scénographie. En ligne de mire, l’exposition prévue à l’issue de la résidence à l’automne prochain.

La rencontre se termine dans les ateliers du Mobilier national. Il n’est qu’à recueillir les témoignages et les impressions des uns et des autres pour se faire une idée du succès de cette première résidence. « Mario avait un projet de couverture de six chaises de style Louis XVI avec des souhaits particuliers en matière de tissus, avec des motifs polychromes, chose que l’on fait peu ici en raison de notre mission d’ameublement des résidences présidentielles, nous l’avons donc conseillé techniquement pour la réalisation et la reprise des objets sur lesquels il intervenait », entend-on à l’atelier de tapisserie d’ameublement. « Son originalité, sa créativité sont intéressantes, c’est un autre regard sur notre travail qui par nature est plus traditionnel et classique » ajoute-t-on à l’atelier de tapisserie décor contemporain. « Avant même de parler de la création, c’est la personnalité de Mario qui nous a séduit, le courant est passé tout de suite. C’est une coopération intéressante en ce qu’il nous enrichit et que nous l’enrichissons aussi. A travers lui, nous redécouvrons le bois que nous travaillons tous les jours, mais aussi l’histoire du meuble auquel nous donnons une seconde vie » renchérit-on à l’atelier d’ébénisterie.

Mario D'Zouza
Mario D'Zouza
Mario D'Zouza
Mario D'Zouza
Mario D'Zouza
Mario D'Zouza
Mario D'Zouza

Une exposition au château d’Oiron

Conquis par son univers, le château d’Oiron a proposé à Mario d’Souza de présenter une exposition directement issue de sa résidence au Mobilier national l’été dernier. « J’ai saisi cette chance comme une occasion unique de meubler le château d’Oiron qui organise habituellement des expositions d’art contemporain. J’ai choisi trente meubles dans les réserves du Mobilier national dont un canapé noir Louis XV avec de la boiserie de presque six mètres de long. Lorsque je suis allé dans les réserves du Mobilier national, j’ai pour ainsi dire écouté les meubles, l’objet a une âme. Beaucoup de céramiques accompagnent les meubles pour évoquer le travail de la manufacture de Sèvres et des dessins sont accrochés tout autour. Le motif de la fleur est omniprésent. L’exposition commençait le 23 juin et je voulais cette manifestation du vivant par la nature à cette période de l’année. J’imagine l’histoire des meubles et du château et autour je crée une composition » explique Mario d’Souza. Il y a vingt ans, alors qu’il était encore en Inde, une de ses amies lui a rapporté un catalogue du château d’Oiron qu’il a récemment retrouvé dans la maison familiale. « Et voilà que mon travail y a été présenté cet été. Il n’y a pas de hasard. En réalité, nous choisissons tout ce que nous faisons » conclut Mario d’Souza. 

Archives | Le site internet de l'exposition « Flow » au château d’Oiron


Le site internet de Mario d'Souza