Le roi Louis XIV visitant les Gobelins, XVIIème siècle. (Détail) © Philippe Sébert.
Le roi Louis XIV visitant les Gobelins, XVIIème siècle. © Philippe Sébert.
Tenture d'Artémise, La Reine et le butin. XVIIème siècle.
© Lawrence Perquis
Les tapisseries anciennes des Gobelins
La collection des tapisseries anciennes du Mobilier national est l’une des plus importantes au monde, et la plus belle de France. Provenant de l’ancien Garde-Meuble royal ou acquises plus tardivement, ces tentures ont été, pour la plupart, tissées dans les ateliers des Gobelins.
Les quelques 1500 pièces qui la constituent, offrent un panorama complet de la tapisserie française de 1600 à nos jours. Les deux tiers des pièces datent des XVIIe et XVIIIe siècles.
Quatre origines à cette collection :
- le fonds royal de Henri IV et Louis XIII,
- les acquisitions prestigieuses du roi Louis XIV,
- les achats effectués pour le musée des Gobelins,
- l’activité régulière des Manufactures des Gobelins et de Beauvais, et de la Savonnerie.
Les XVIIe et XVIIIe siècles
Parmi les plus connues de ces tapisseries, citons celles qui furent tissées par les lissiers flamands du faubourg Saint-Marcel qu’Henri IV avait fait venir de Bruges et Audenarde dès 1607 : soit la tenture d’Artémise ou celle de Coriolan ; Louis XIII poursuit ce mécénat en achetant plusieurs tissages de la Tenture de Constantin d’après Rubens et de celle de Renaud et Armide d’après Vouet. En créant la Manufacture des Gobelins en 1662 et celle de Beauvais 2 ans plus tard en 1664, Colbert nationalise en fin de compte les ateliers du Faubourg Saint-Marcel, dirigés, rappelons-le, par Marc de Comans et François de la Planche.
Charles Le Brun (1619-1690), soutenu par Louis XIV et Colbert, va régner sans partage sur la Manufacture des Gobelins en donnant à tisser ses propres modèles dont la tenture de L’Histoire du Roi (avec le célèbre Le roi Louis XIV visitant la manufacture des Gobelins) les tentures des Eléments, des Maisons royales et bien sûr d’Alexandre. C’est seulement avec l’arrivée du ministre Louvois (1641-1691) en 1683 que les modèles vont être renouvelés : ce dernier fera tisser son artiste protégé, Pierre Mignard (La Galerie de Saint-Cloud) ou fera copier de grands modèles du XVIe (Le triomphe des Dieux, d’après Giovanni da Udine, les Fructus Belli d’après Jules Romain. Des tapisseries plus décoratives apparaissent à la fin du XVIIe siècle, telles les Portières des Dieux et les Portières des mois grotesques d’après Claude III Audran (1658-1734).
Au XVIIIe siècle, après une brève période de fermeture, la production va refléter l’évolution du goût qui apparaît en ces premières années du XVIIIe siècle et qui correspond à une esthétique nouvelle ; on s’oriente vers un art plus léger, plus aimable.
Parallèlement, les Gobelins continuent à tisser les grandes tapisseries d’Histoire, telles que L’Histoire de Don Quichotte (d’après Charles Antoine Coypel), L’Histoire d’Esther et L’Histoire de Jason, toutes deux d’après Jean François de Troy.
Les Commandes du XIXe siècle
Du XIXe siècle subsistent environ quatre cent tapisseries, telles les commandes effectuées par Napoléon puis par Louis XVIII pour le Palais des Tuileries ; Ehrmann et Mazerolle donnent le meilleur d’eux-mêmes, le premier pour la Bibliothèque nationale, le second pour l’Opéra. L’activité de la Manufacture en cette fin de siècle est importante ; on tisse aussi d’après Gustave Moreau, Rochegrosse (les tapisseries de ces deux artistes figurent à l’exposition universelle de 1900), Boutet de Monvel ou Levy-Durhmer.
Les XXe et XXIe siècles
Comment résumer en quelques lignes un siècle de création artistique ? En 1905, Gustave Geffroy, l’un des principaux défenseurs de l’impressionnisme, devient directeur de la Manufacture ; des noms nouveaux font alors leur apparition : Jules Chéret, Anquetin, Odilon Redon, Raffaelli ou Capiello.
Le tissage de la laine offre un vaste champ d’expression aux courants et aux recherches plastiques les plus variés : les non-figuratifs (Nemours, Bazaine), le Minimal Art, le nouveau réalisme (Hains), la figuration narrative (Erro, Aillaud), le groupe Supports-Surfaces (Buraglio, Rouan, Pincemin). En perpétuelle évolution, les Manufactures mélangent les techniques et les beaux projets ne manquent pas.
Les tapisseries de Beauvais
Alors que la Manufacture des Gobelins ne travaillait officiellement que pour le Roi, celle de Beauvais créé en 1664, devait fournir des tapisseries à la clientèle privée afin d’éviter les achats à l’étranger. Conçue comme une entreprise privée, subventionnée par le Roi, elle devait se subvenir à elle-même par ses ventes à la clientèle privée. La clientèle fut au début assez rare ; ce furent principalement les acquisitions du garde-meuble de la Couronne qui assurèrent la vente de la production ; ainsi 254 tapisseries, des verdures pour la plupart, furent ainsi acquises de 1667 à 1683.
Au 17ème siècle, de grands tissages sont effectués ; citons par exemple les conquêtes de Louis le Grand d’après Martin des Batailles ou Les Actes des Apôtres d’après Raphaël. Le règne de Louis XV correspond à une période de prospérité pour la Manufacture ; la présence du peintre Jean-Baptiste Oudry nommé le 22 juillet 1726 peintre et dessinateur de la Manufacture est à l’origine du renouveau de Beauvais qui deviendra, selon Voltaire, « le royaume de Oudry » ; son action la plus importante consiste dans le renouvellement des cartons ; les modèles de Oudry connurent un grand succès : Chasses nouvelles, Comédies de Molière, Verdures fines…
La production de Beauvais dans le domaine des « meubles », c'est-à-dire des garnitures de sièges en tapisserie, prend une grande ampleur ; cette activité de la Manufacture n’avait cessé de se développer depuis le début du 18ème siècle ; les « meubles » d’après Oudry –les Fables de La Fontaine – et François Boucher furent particulièrement célèbres. Le Prince, Casanova, Huet créèrent également des décors d’ensembles mobiliers.
Au 19ème siècle, c’est essentiellement cette activité de création de tapisseries de sièges qui l’emporte et chaque génération a su apporter une touche originale dans l’ameublement et la décoration de palais (Saint-Ange sous la Restauration ou Starke sous la Monarchie de Juillet).
Au début du 20 siècle, la Manufacture s’attache à renouveler les modèles en contactant des peintres non académiques et des décorateurs afin d’insuffler un esprit de modernité.
D’importants ensembles mobiliers sont créés. Des artistes tels que Laugé, Veber, Taquoy, Karbowsky, Gaudissard, Follot, Hamicotte, Bagge, Cappiello, Dufy et d’autres font leur apparition. Dans l’entre-deux-guerres, la manufacture rattachée au Mobilier national en 1935 prend une part active au renouveau de la tapisserie qui caractérise le 20 siècle (Hartung, Le Corbusier, Matisse, Picasso) qui se poursuit aujourd’hui avec la contribution d’artistes contemporains (Raymond Hains, Jean-Michel Othoniel, Eduardo Chillida, Roberto Matta, Pierre Buraglio, Vincent Bioulès, Paul-Armand Gette, Martine Aballéa, Jacques Vieille…).

